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Qu'est-ce que le pastoralisme ?

Le terme pastoralisme désigne un mode d'élevage “extensif”, fondé sur l'exploitation de pâturages naturels et des “parcours” (paysage non cultivés, zones marginales, terres incultes, parfois partagées collectivement) plutôt que la culture intensive ou l'élevage en bâtiment.

Dans ce système, les troupeaux (ovins, caprins, bovins notamment) pâturent en plain air sur de larges étendues, et l'éleveur entretient une relation étroite avec le milieu naturel : c'est l'interdépendance entre l'éleveur, le troupeau et le territoire. En France, le pastoralisme concerne 60 000 exploitations, ce qui représente 18% des élevages du pays (35 000 élevage pastoraux) et 22% des animaux élevés en France.

Ainsi, le pastoralisme se distingue de l'agriculture intensive ou de l'élevage sédentaire : il s'appui sur la mobilité, le respect des cycles naturels de végétation, et une exploitation raisonnée et low-input des ressources naturelles.

Un héritage millénaire : les origines du pastoralisme

L'histoire du pastoralisme est ancienne, il remonte à la domestication des herbivores par les sociétés humaines, il y a environ 10 000 ans.

Dans certaines régions, des formes d'élevage pastoral sont documentées depuis plusieurs milliers d'années : l'élevage de petits ruminants et la culture céréalière se sont diffusés avec le néolithique, avant de se diversifier vers des pratiques pastorales adaptées aux reliefs, aux sols pauvres ou aux zones non cultivables.

Le mode pastoral, avec ses migrations plus ou moins régulières, ses transhumances, son usage de parcours partagés, a façonné des paysages, des terroirs, des économies rurales bien avant les logiques d'agriculture intensive.

Dans certaines régions européennes, comme les plateaux et montagnes du sud, ce lien entre terroir, élevage et mobilité a perduré, faisant de ces zones des territoires pastoraux "historiques" (voire “patrimoniaux”).

Comment fonctionne le pastoralisme ? (en pratique)

Lieux

Le pastoralisme est présent en Europe, en Afrique du Nord, au Proche et Moyen-Orient, en Asie centrale, dans les régions circumpolaires, dans la moitié sud de l'Afrique, en Amérique du nord, dans les Andes et dans les savanes d'Amérique du sud.

Types d'animaux

On retrouve de nombreuses espèces dans les élevages pastoraux, qui varient selon les régions du monde : chèvres, moutons, bovins, chameaux, chevaux, yacks, lamas, alpagas, canards et oies.

Parcours et transhumance

Les animaux pâturent sur des “parcours”, c'est-à-dire des zones variées (prairies, friches, landes, zones non cultivables), souvent non mécanisées, partagées ou collectives.

Dans les zones de montagne ou de reliefs marqués, c'est un des visages les plus emblématiques du pastoralisme. Les troupeaux migrent selon les saisons : vers des pâturages d'altitude pour l'été, vers les plaines ou des zones plus douces pour l'hiver.

Usage des ressources naturelles

L'herbe, les végétations spontanées, les capacités des sols pauvres ou marginales sont valorisées. Les éleveurs tirent parti de milieux que l'agriculture intensive ne pourrait pas exploiter. Les activités pastorales mobilisent environ 5.4 millions d'hectares de surfaces en France.

Faible recours aux intrants

Contrairement à l'élevage intensif, le pastoralisme repose peu (ou pas) sur l'alimentation industrielle, les antibiotiques systématiques ou les bâtiments confinés, ce qui en fait un système plus "naturel" voire agroécologique.

Les bénéfices pour l'environnement, l'écosystème, les territoires

Le pastoralisme n'est pas seulement un héritage ancien : c'est aussi, et de plus en plus, perçu comme un modèle durable capable de répondre à des enjeux environnementaux actuels.

Biodiversité, paysages et services écosystémiques

  • En entretenant des milieux ouverts (prairies, alpages, landes), le pastoralisme favorise des habitats précieux pour la faune et la flore, notamment des espèces dépendantes des prairies, des milieux semi-ouverts et des lisières.
  • Le pastoralisme contribue à prévenir l'enfrichement (le retour spontané de la forêt dans des zones anciennement pâturées), ce qui a des conséquences directes sur le maintien des paysages agricoles et la diversité des milieux.
  • En montagne ou en zone de colline, le pastoralisme aide aussi à la prévention des risques naturels (incendies, érosion, glissements…), en limitant la densité de végétation arbustive ou ligneuse, et en régulant l'occupation des sols.
  • Sur le plan climatique, certains experts estiment que les systèmes pastoraux peuvent contribuer à une séquestration du carbone, en entretenant des prairies permanentes, en limitant le labour intensif et en favorisant la végétation naturelle, et donc participer à la lutte contre le changement climatique.

Résilience, économie circulaire et sécurité alimentaire

  • Le pastoralisme s'appuie sur des ressources naturelles renouvelables (herbe, pâturages, parcours) ce qui réduit la dépendance aux intrants agricoles coûteux (aliments industriels, engrais, médicaments…) et en fait un système plus sobre.
  • Dans des zones où l'agriculture intensive est impossible (montagnes, terrains pauvres, zones arides, zones marginales), le pastoralisme permet de produire des denrées (lait, viande, laine) contribuant à la sécurité alimentaire et à l'économie locale.
  • Il préserve des savoirs traditionnels (connaissance des pâturages, des cycles de végétation, des rythmes saisonniers, des races adaptées) : un patrimoine culturel et écologique souvent menacé.

Un pilier économique et social des territoires ruraux

Dans certaines régions (montagnes, collines, zones méditerranéennes, zones peu mécanisables), le pastoralisme reste un acte économique fondamental. Le pastoralisme participe à la vie rurale, à la valorisation des produits du terroir (viande, lait, fromages, laine…), souvent dans des circuits courts ou de proximité, ce qui renforce l'économie locale et l'autonomie alimentaire.

De plus, c'est un mode de vie, avec des traditions, des pratiques collectives, une adaptation au territoire, des savoir-faire. Ces dimensions sociales et culturelles sont indissociables du pastoralisme, particulièrement dans les zones de montage ou les régions à forte identité rurale.

Aujourd'hui, le pastoralisme représente un potentiel économique estimé à 8.5 milliards d'euros et environ 250 000 emplois directs et indirects.

Les grands défis contemporains du pastoralisme

Malgré ses atouts, le pastoralisme est aujourd'hui menacé ou fragilisé par plusieurs dynamiques, d'où l'importance de le considérer commun un patrimoine à préserver. Parmi les défis :

  • Déclin des pratiques traditionnelles : dans les pays occidentaux, le recul de l'agriculture traditionnelle, l'exode rural, la modernisation de l'agriculture ont réduit le nombre d'éleveurs pastoraux et d'exploitations pastorales.
  • Difficultés de valorisation : les systèmes pastoraux sont souvent moins “productifs” (en volume, régularité) que l'élevage intensif, ce qui pose des problèmes économiques, d'attractivité du métier et de concurrence.
  • Pressions environnementales et changement climatique : la variabilité des saisons, la dégradation des pâturages, l'accès à l'eau, la raréfaction des parcours natures menaces la viabilité du pastoralisme.
  • Pertes de trajectoires migratoires et de “parcours” : l'urbanisation, la privatisation des terres, l'artificialisation des sols, la fragmentation des paysages compliquent la mobilité nécessaire au pastoralisme.
  • Reconnaissance institutionnelle, soutien et adaptation : dans de nombreux contextes, le pastoralisme souffre d'un manque de reconnaissance à la fois comme mode de production, comme service environnemental, comme culture, ce qui limite les soutiens publics, les politiques adaptées et la transmission.

En conclusion, le pastoralisme se présente comme un lien vivant entre passé et avenir. Héritier de pratiques ancestrales liées à la domestication des animaux, il constitue également un modèle agricole et écologique pertinent face aux enjeux environnementaux, à la quête de durabilité et au retour aux terroirs et à la qualité locale.

Il incarne une harmonie possible entre l’homme, l’animal et la nature, en favorisant un usage raisonné des ressources, une gestion respectueuse des milieux et la valorisation des territoires ainsi que des savoir-faire anciens.

Fragile, ce modèle ne peut perdurer sans politiques de soutien, reconnaissance institutionnelle et sociale, ainsi que valorisation des produits, des territoires et des communautés pastorales. Valoriser le pastoralisme aujourd’hui, ce n’est pas seulement préserver une pratique agricole : c’est soutenir des paysages, des cultures, des économies locales et un mode de vie durable.

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